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Écrire ce qu'on ne sait pas fait partie du travail

Par · · 6 min de lecture

La tentation, en vulgarisation, est de combler les zones d'incertitude pour que le texte soit net. C'est exactement ce qui le rend faux.

Quand on écrit sur un sujet qu'on ne maîtrise pas de longue date, on rencontre en permanence des zones où les sources divergent, où l'information manque, ou où l'on n'a pas compris. Ce qu'on en fait détermine la qualité du texte.

Ce qui se passe habituellement

On choisit la version majoritaire, on l'écrit sans nuance, et le texte devient net. Le lecteur repart avec une certitude que l'état réel des connaissances ne soutient pas.

Ce n'est pas de la malhonnêteté, c'est une contrainte de forme : la nuance alourdit, et un texte plein de « il semblerait » se lit mal. Mais elle produit un effet cumulatif — de reprise en reprise, l'incertitude initiale disparaît complètement.

Une information circule mieux quand elle est nette. C'est pour ça que les versions nettes circulent, pas parce qu'elles sont plus justes.

Comment le dire sans alourdir

Le test que j'applique

Avant de publier, je relis en me demandant, phrase par phrase : est-ce que je saurais défendre ça si quelqu'un me le contestait ? Les phrases qui ne passent pas sont soit à sourcer, soit à nuancer, soit à supprimer.

C'est fastidieux et ça élimine à peu près toutes les formulations que j'avais écrites parce qu'elles sonnaient bien.

Ce que ça coûte

De la fluidité, et un texte moins affirmatif que la concurrence. C'est un désavantage réel : un article net est plus partagé qu'un article prudent.

Je l'accepte parce que l'inverse a un coût que je trouve plus élevé — celui de participer à la transformation d'une hypothèse en évidence, ce qui est le mécanisme par lequel circulent la plupart des idées fausses durables.

Portrait de Marie Chevalier

Contributrice rédaction généraliste

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